lundi 5 décembre 2011

Les hommes n'ont pas la cote

Je réfléchis depuis hier sur la façon d'aborder un sujet.
C'est un sujet qui créé du mal aise. Mais c'est insidieux en même temps.
Ça me préoccupe de voir que la peur est une grosse bête que ne demande qu'à se faire nourrir.

Quand j'entends à la télé, "TVA, le premier sur la nouvelle!"... J'entends: "TVA, les vautours qui arrivent en premier pour dépecer le cadavre".
Lorsqu'il m'arrive parfois d'allumer la télé au poste des nouvelles en continu (rarement) pour meubler le silence de la maison... Je comprends pourquoi je me tiens loin de la télé et des nouvelles. Le même sujet est mâché, remâché, recraché, réarrangé, revu et remâché. On fait de la nouvelle avec tout et rien pour remplir la case horaire. Mais c'est pire quand un VRAI drame survient... Les témoins, la victime, parfois même le coupable font la tournée des animateurs, des postes de télé, des journaux et des magazines. Et plus le crime est pervers, plus de spécialistes du comportement, des sexologues, des psychologues, des psychiatres viendront étaler sur la place public leurs opinions et chacun débattra de son point. Et tout ce raz de marée viendra nourrir la grosse bête. La peur collective. Méfiez-vous! Le danger se cache à chaque tournant, derrière chaque porte, et derrière tous les sourires... On ne connaît jamais assez son prochain. Personne n'est digne de confiance.

Donc voilà le préambule qui m'amène à vous parler d'une conversation que j'ai eue hier, qui m'a choquée.

Je vous fais une mise en contexte grosso modo.

Marielle et Angélique ainsi qu'une autre petite amie, Victoria,  ont été invitées le week-end dernier à un pyjama-party chez Justine une autre petite voisine, dodo inclus.
Tout se beau petit monde se fréquente depuis leur premier rot et sont ensemble du matin au soir.
Nous ne sommes pas amis avec les parents, nous nous voisinons sans plus. Mais nous entretenons une belle cordialité qui dure depuis près de 8 ans.

Les filles étaient enchantées et nous avons donner notre accord sans hésitation.

Le lendemain, les jumelles nous ont dit que finalement Victoria n'était pas restée à coucher, puisqu'elle s'ennuyait trop de ses parents.

Ce matin, j'ai rencontré la maman de cette dernière qui m'avoua avec soulagement qu'elle était très heureuse que sa fille revienne à la maison. Elle avait regretté d'avoir donné son accord.
Que finalement SA fille était trop petite. Que SA fille n'était pas en sécurité loin de ses parents. Que SA fille ne pouvait pas se défendre toute seule.... "Parce que le papa de Justine, on ne le connaît pas tant que ça, non? On sait jamais n'importe qui peut être un abuseur  d'enfants." Et elle devait protéger SA fille d'un éventuel traumatisme à vie.

J'étais soufflée. Et en colère.
Parce que suivant son raisonnement... mon propre conjoint était pour elle un agresseur potentiel.

Parce qu'elle mettait tous les hommes dans le même panier. La tête pleine d'exemples vus à la télé...
Selon elle, seul le giron de maman est un lieu sécuritaire et il ne faut pas le quitter sous aucun prétexte. Engendrer la peur. Quel beau cadeau à offrir à son enfant.

Je me suis bien gardée de lui lancer toute les paroles que j'avais en tête. "Et ton père? Tu es sûre que tu le connais bien? Et, j'imagine que je dois me méfier de ton mari... tu sais je ne le connais pas vraiment. OHHH!! Le frère de Justine a dormait dans la chambre à côté...devrais-je m'en faire? Tu sais, ça commence jeune le métier d'agresseur....Et puis le troisième voisin qui ne sort jamais de sa maison, il faudrait peut-être vérifier s'il est fiché? On est jamais trop prudents".

Les hommes n'ont pas la cote. Chacun est un présumé agresseur jusqu'à preuve du contraire!
Je ne nie pas que des histoires atroces surviennent, que des drames arrivent tous les jours et que les victimes en sont terriblement marquées.
Mais si on se méfie de tout le monde, qu'on ne fait plus confiance à personne quel genre de monde aurons-nous?
C'est sûr lorsque les agresseurs sont démasqués, leur famille, leurs amis et leurs voisins racontent qu'ils n'avaient rien vu et qu'ils ne s'étaient douté de rien... Ce qui alimente encore la peur des gens. Saurais-je reconnaître un agresseur d'enfant si j'en croise un?
Est-ce que je serais suffisamment vigilante pour déceler des signes?

Je pense que la première des choses à faire, est d'en parler avec notre enfant. De lui faire comprendre que ces choses arrivent, qu'il doit être prudent et nous faire part de ses doutes et de ses inquiétudes. Il ne faut pas avoir peur de lui expliquer les limites. Les gestes qui sont acceptables, de ceux qui ne le sont pas. De la part d'hommes, de femmes ou d'autres enfants. L'abus, n'est pas la chasse gardée des hommes.

Et vous savez, les enfants croient que les méchants ont l'air de méchants... Alors qu'ils sont des gens bien ordinaires. S'il y avait vraiment un "physique typique" de méchant, la police aurait tôt fait de les arrêter.

La ligne est mince entre la prudence et la peur irrationnelle quand on est parent. Je me souviens d'avoir eu peur quand un homme inconnu a traversé ma pelouse pour se diriger vers mes enfants pour leur demander si nous avions un chien. J'ai téléphoné à l'escouade canine pour valider qu'il en faisait bien parti. C'était une situation qui commandait la prudence, car l'homme m'était étranger et qu'il n'arborait aucune insigne.
Mais de là à suspecter tous mes voisins, tous les hommes de mon entourage...








3 ami(e)s sont passés:

Looange a dit…

Ish, je suis d'accord avec toi, surtout si vous vous connaissez depuis aussi longtemps. Y a des parents possessifs qui ne font pas confiance à personne... J'ai pas hâte de voir les enfants plus tard.

seb haton a dit…

Je comprends que cela soit désagréable. Pour ma part, je refuse par dégoût consenti de me laisser envahir par ces actualités qui font peur. Je pense qu'elles sont destinées à nous faire peur.
Je ne regarde plus la télévision et je n'écoute plus les chaînes de radio qui passent des infos de ce type.
Cela ne m'empêche pas de savoir qu'il y a des agresseurs potentiels en ce monde. Pas besoin d'événements choc pour cela.
Bien à vous,
sébastien h.

Evyzamora a dit…

Je comprends tout à fait ton point de vu. Il est si facile de se laisser emporter par la panique et de généralise le gène de l'abuseur à tous les hommes qui nous entourent.
En discuter avec les enfants et les aider à fixer leurs limites est de beaucoup plus efficace que d'épurer l'entourage de nos enfants!